Bohemian Rhapsody avec le texte dans la vidéo et une analyse.

Introduction (0:00-0:48)

La chanson commence en si bémol majeur, avec quatre parties a cappella très rapprochées, enregistrées en multipiste par Mercury. Le narrateur s'interroge sur la différence entre le « réel » et l'« imaginaire », avant de conclure qu'« on ne peut échapper à la réalité ». Après une quinzaine de secondes, un piano de concert fait son entrée, tandis que la voix solo de Mercury alterne avec les chœurs. Le narrateur se présente comme un « pauvre garçon », mais avertit qu'il ne souhaite susciter aucun témoignage de pitié, car « rien n'est vraiment important » : les jeux d'alternances chromatiques sur « easy come, easy go » soulignent l'atmosphère onirique du morceau. Cette première partie prend fin avec l'entrée de la basse et les jeux d'arpèges du piano, cette fois en si bémol majeur.

Ballade (0:48-2:42)

La basse de John Deacon marque les premiers temps de chaque mesure et l'harmonie est ponctuée par le piano ; ensuite, les choeurs cèdent la place au solo de Mercury. Le narrateur explique qu'il « vient de tuer un homme », et qu'il vient par là de détruire sa propre vie. Grâce à quelques passages chromatiques descendants, la basse amène une modulation en mi bémol, permettant l'entrée de la batterie de Roger Taylor (vers 1:18). Le narrateur évoque pour la première fois sa mère (« Mama ») dans la nouvelle tonalité, en transposant le thème original. Il explique qu'il regrette de la faire pleurer et l'incite à tenir le coup (« carry on, carry on »).

Comme la ballade en arrive à son deuxième couplet, le narrateur se dit fatigué et abattu par ses actions : Brian May entre à la guitare, en imitant les arpèges aigus donnés par le piano (1:50). Le narrateur prend congé du monde et se prépare à « faire face à la vérité », regrette d'avoir à mourir, et souhaite n'être jamais né.

Solo de guitare (2:42-3:02)

Avec cette dernière réplique, la musique gagne en intensité, laissant la place à la guitare solo de Brian May, qui sert de pont de la ballade à l'opéra. Le solo de guitare évolue à travers des gammes modifiées de si bémol, pour s'envoler dans les aigus. En contrepoint, la basse achève une descente chromatique pour introduire une nouvelle modulation, lorsque l'orchestre s'interrompt brutalement (3:02), ne laissant qu'un accord de la majeur (la nouvelle tonalité) marqué sur des croches fuyantes : l'opéra commence ici. En concert, la scène s'éteint et les membres du groupe sortent de scène pour laisser le playback prendre en charge cette section, devenue impossible à jouer en direct tant les voix s'étaient complexifiées grâce au multipiste.

Opéra (3:02-4:13)

« À chaque fois que Freddie chantait un nouveau 'Galileo', je rajoutais un morceau de bande sur la bobine... Cette partie du morceau a pris environ trois semaines d'enregistrement à elle toute seule, ce qui, en 1975, correspondait au temps moyen nécessaire à l'enregistrement d'un album entier. »

— Roy Thomas Baker

Une série rapide de changements rythmiques et harmoniques introduit une section intermédiaire évoquant l'opéra, contenant l'ébauche du travail multipiste plus élaboré qui va ensuite décrire la « descente aux enfers » du narrateur. Tandis que la base rythmique du morceau demeure, la dynamique varie grandement, passant graduellement d'un simple duo piano-voix au chœur complet soutenu par la batterie, la basse, le piano et les timbales.

Cette partie nécessite 180 prises de son. D'après Taylor, les voix respectives de May, Mercury et lui-même, une fois réunies, constituaient une gamme vocale large : « Brian pouvait descendre assez bas, Freddie avait une voix incroyablement puissante dans les fréquences moyennes et j'étais assez bon pour les aigus. » Cela s'avère utile dans la mesure où le groupe souhaitait créer « un mur de son, commençant bas et grimpant jusqu'au sommet. »

Roger Taylor apparaît brièvement en tant que chanteur principal lors de cette section, lors des célèbres 'Galileo', qu'il chante dans son registre suraigu, auxquels Freddie fait écho en chantant dans son registre le plus grave.

Le groupe utilise une technique connue sous le nom de « bell effect » sur les paroles « magnifico » et « let me go ». En outre, sur « let me go », Taylor, qui chante la section aiguë, prolonge sa note finale alors que le reste du chœur s'est déjà tu. Les références lyriques que l'on retrouve dans ce passage incluent Scaramouche, le fandango, Galileo, Figaro et «Bismillah» tandis que des factions rivales se disputent l'âme du narrateur. L'introduction est rappelée par une inflexion chromatique sur « I'm just a poor boy, nobody loves me ». Cette section se conclut sur un traitement choral complet des paroles « Beelzebub has a devil put aside for me! » sur un accord de si majeur. Roger Taylor chante sa dernière note en fausset, presque trois octaves au-dessus du do original.

Hard rock (4:13-4:57)

La section opéra amène vers un interlude hard rock agressif dont le riff de guitare a été composé par Mercury. À 4:14, Mercury, dont la voix est alors dédoublée, chante des paroles agressives à l'intention d'une personne (« you ») dont l'identité n'est pas précisée, l'accusant de tromperie et de trahison et insiste sur « can't do this to me, baby » (« tu ne peux pas me faire ça, mon amour »). Suivent ensuite trois montées de guitare. À propos de ce passage, May avoue qu'il a dû « se bagarrer » à chaque interprétation sur scène. La troisième et dernière montée est suivie par le piano de Mercury.

Outro (4:57-5:55)

Après que Mercury ait joué des octaves montantes de notes sur une échelle diatonique (ou « mixolydienne »), la chanson revient au tempo et à la forme de l'introduction. La guitare accompagne le chœur de « ooh, oh yeah, oh yeah ». Sur le « ooh », la combinaison des deux rappelle un peu le son de trompettes. La guitare, sur ce passage, est jouée sur un amplificateur créé par John Deacon. Il y a un changement de coloration tandis que les lourds riffs sont progressivement remplacés par la mélodie de la guitare. Revient alors la ligne de chant de Mercury, « Nothing really matters... ». La ligne finale, « Any way the wind blows », est suivie du son étouffé d'un tam-tam.